La trajectoire de Rima Hassan interroge. Avant d’être une figure clivante du paysage politique français, il y a une enfance. Des murs tapissés d’affiches de la Seconde Intifada. Une mère engagée. Une mémoire en construction. C’est ce terreau que ce premier volet explore, pour comprendre comment se forgent les convictions, bien avant les mots « politique » et « radicalisation ».
En 2026, alors que le conflit israélo-palestinien reste une plaie ouverte au Proche-Orient, le parcours de la députée européenne illustre la manière dont les souvenirs d’enfance peuvent façonner un destin public. Loin des débats en plateau, ce retour aux sources éclaire la genèse d’un engagement.
Grandir dans l’ombre des affiches de la Seconde Intifada
Pour beaucoup, la Seconde Intifada est un chapitre d’histoire. Pour d’autres, c’est une bande-son de l’enfance. Rima Hassan appartient à cette seconde catégorie. Ses premières années sont bercées par des images : celles des martyrs, des destructions, des émeutes. Des affiches qui racontent une révolte. Elles envahissent le foyer familial, jusqu’à devenir un décor ordinaire. Les murs de la maison ne sont pas seulement des cloisons ; ils sont les premières pages d’un récit politique.
Ces affiches ne sont pas de simples décorations. Elles sont des vecteurs de mémoire. Elles racontent la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées en septembre 2000, l’embrasement des territoires, les centaines de morts. Pour une enfant, comprendre ce tumulte est impossible. Le ressentir, en revanche, est inévitable. La mère de Rima Hassan, très engagée pour la cause palestinienne, ne cache rien de sa colère. Elle transmet une histoire familiale, certes, mais aussi une lecture du monde.
La cause palestinienne comme héritage familial et transmission mémorielle
Née dans un camp de réfugiés en Syrie, Rima Hassan apprend très tôt ce que signifie l’exil. La Seconde Intifada, qui éclate alors qu’elle n’a que huit ans, agit comme un révélateur. Les conversations des adultes, les émissions de télévision arabe, la colère sourde de sa mère : tout converge. Cette atmosphère forge un sentiment d’appartenance à une cause. Avant d’être une position politique, la Palestine est une identité intime. Le camp de réfugiés n’est pas qu’un lieu. C’est un prisme à travers lequel le monde se lit, se juge et se comprend.
Cet héritage n’est pas un simple poids familial, il devient un prisme de lecture du monde. La jeunesse de Rima Hassan se construit ainsi entre un quotidien modeste et un imaginaire politique intense. Les affiches ne sont pas de simples images ; elles performent la mémoire, elles transforment un lointain conflit en une réalité sensorielle. L’enfant ne comprend pas les enjeux diplomatiques, mais retient le nom des villes : Jénine, Naplouse, Ramallah. La géographie devient une forme d’engagement silencieux.
Mais cette transmission ne se fait pas sans heurts. La jeune fille, elle, aspire à autre chose. Elle veut étudier, voyager, réussir. La politique, au sens strict du terme, n’est pas encore une ambition. La radicalisation n’est pas davantage un mot qui la concerne. Elle veut tracer sa route. C’est cette tension entre un héritage brûlant et un désir d’émancipation qui fera toute l’ambiguïté de sa trajectoire. Elle devra se saisir de cet héritage pour exister, tout en sachant s’en distancer pour avancer.
Avant la politique et la radicalisation, des ambitions de jeunesse
Il serait facile de réduire Rima Hassan à une icône. Les baromètres politiques, comme celui de l’Ifop pour Paris Match, la placent en haut des classements de notoriété. Mais cette reconnaissance est récente. Il y a trois ans, elle n’était qu’une juriste et une militante associatif discrète. Elle voulait d’abord devenir avocate, ou peut-être magistrate. Les affiches restaient un souvenir, pas un programme. Son enfance n’était pas une carrière.
Ce décalage mérite d’être souligné. Beaucoup de responsables politiques se construisent contre leur histoire. Rima Hassan, elle, s’en empare. Elle en fait un outil de distinction dans un champ politique français où la question palestinienne reste un angle mort. En 2026, alors que la jeune députée européenne occupe le terrain médiatique, il faut se souvenir que son ascension – qualifiée par certains de « sulfureuse » – n’était pas écrite d’avance.
Les années de formation, entre droit international et premières prises de conscience
Son goût pour le droit international n’est pas anodin. Ce choix est une manière de rationaliser une colère enfantine. Elle apprend les termes : résolution de l’ONU, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, occupation. Ces notions transforment une émotion en une argumentation. C’est un passage à l’âge adulte dans toute sa complexité.
- Les souvenirs de la Seconde Intifada deviennent des outils de décryptage du monde contemporain.
- Les enjeux de la cause palestinienne se relisent à l’aune du droit humanitaire international.
- La jeunesse de Rima Hassan se déroule à Damas, puis en France, loin des champs de bataille mais proche de leurs échos.
- La mémoire familiale et collective agit comme un levier de mobilisation là où la politique traditionnelle semble impuissante.
- Les affiches de la Seconde Intifada, métaphores de l’engagement, annoncent les futurs combats de la députée.
Sa découverte des cultures politiques françaises, notamment via La France insoumise, se fait sur le tard. Elle n’est ni une héritière de la gauche radicale, ni une enfant de la banlieue parisienne. Elle vient d’ailleurs. Cette extranéité, cette fraîcheur apparente, explique sa capacité à parler à des publics que les partis traditionnels ne touchent plus. Elle ne joue pas un rôle ; elle rejoue une émotion. Et cette émotion, elle la puise à la source : les affiches de la Seconde Intifada.
Mémoire et conflit : quand les affiches deviennent un langage politique
Il y a une distance certaine entre un mur de chambre et un hémicycle européen. Rima Hassan l’a franchie. Mais peut-on vraiment quitter ces murs ? La mémoire est une matière persistante. Ses prises de position, ses tweets, ses apparitions télévisées portent la trace de cette matière. Ses détracteurs y voient une radicalisation ; ses soutiens saluent une cohérence. Peut-être faut-il simplement y voir le poids d’une histoire domestique.
| Fait historique | Date | Résonance dans le parcours de Rima Hassan |
|---|---|---|
| Visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des Mosquées | Septembre 2000 | Déclenche la Seconde Intifada, source des premières images reçues dans l’enfance |
| Début des attentats-suicides palestiniens | 2001-2004 | Renforce l’imaginaire du conflit et le sentiment d’urgence dans le foyer familial |
| Campagne des élections européennes en France | 2024 | Transforme l’engagement militant personnel en une position publique et médiatique |
| Institutionnalisation de la politique du souvenir en 2026 | 2026 | La figure de la députée incarne les dilemmes d’une mémoire intime devenue enjeu national et européen |
Ce passage de l’intime au collectif n’a rien de banal. Il exige d’apprendre les codes, de maîtriser le storytelling, de choisir ses ennemis. Rima Hassan excelle dans cet exercice. Elle utilise des références ciselées.
Tout cela nous ramène, en miroir, à la question de la génération. Que laisse-t-on voir aux enfants ? Quelles affiches leur montre-t-on ? Quel conflit choisit-on de raconter ? La politique n’est jamais bien loin du souvenir.
En 2026, la France débat encore de la place de la cause palestinienne dans son échiquier politique. L’ascension de Rima Hassan, décrite comme celle d’une « égérie sulfureuse », ne se résume pas à une stratégie de communication. Elle s’explique par une capacité à incarner une mémoire.
Loin de l’image de l’agit-prop, son parcours renvoie à une réalité plus têtue. La Seconde Intifada fut un moment de violence extrême, entre Israéliens et Palestiniens, qui a laissé des traces indélébiles. Le récit de l’enfance, ici, n’est pas un simple artifice biographique. Il est la condition de possibilité d’une carrière politique entièrement adossée à une mémoire en mouvement.
Une question demeure, pourtant. Suffit-il d’avoir vu des affiches pour comprendre un conflit ? Suffit-il d’avoir épousé une cause pour incarner une solution ? Rima Hassan nous oblige à regarder les coulisses de notre propre construction. En filigrane, elle pose une question simple : comment devient-on soi-même, entre les images que l’on reçoit et celles que l’on choisit de faire vivre ?

Journaliste politique français, formé à l’ESJ Lille. Vingt ans de presse écrite, dont dix en local et dix au plan national. Fondateur de Régions Démocrates, défenseur d’un journalisme exigeant ancré dans les territoires.