Jean-Jacques Cloquet n’a pas eu la tâche facile pour ses premiers pas dans l’hémicycle wallon. L’ancien patron de l’aéroport de Charleroi, élu en juin 2024 sous les couleurs des Engagés, reconnaît volontiers que sa première année en politique s’est révélée bien plus ardue que prévu. Retour sur douze mois de dossiers, de compromis et d’apprentissage, avec un homme qui entend bien s’imposer durablement.
De l’aéroport au Parlement : la nouvelle vie de Jean-Jacques Cloquet
| Situation | Aéroport | Parlement wallon |
|---|---|---|
| Décision | Rapide, appliquée | Négociée, lente |
| Équipe | Une vraie armée | Seul face aux documents |
| Rythme | Urgence permanente | Procédures au ralenti |
| Contact terrain | Oui, direct | Permanences et réunions |
| Satisfaction | Résultats visibles | Compromis discrets |
Un ingénieur au parcours atypique
Ingénieur civil énergéticien, joueur de football au Sporting de Charleroi, puis gestionnaire de sociétés, Jean-Jacques Cloquet a longtemps cultivé des profils multiples. Il a surtout dirigé pendant dix ans l’aéroport de Charleroi, où il a fait passer le trafic de deux à huit millions de passagers par an. Une réussite industrielle qui a forgé sa réputation de gestionnaire exigeant.
Ce fils de la région de Charleroi, domicilié aujourd’hui dans le Brabant wallon, n’en a pas moins gardé un ancrage carolo revendiqué. Candidat dans cette circonscription, il y puise une légitimité qui dépasse les clivages traditionnels. Son arrivée en politique en 2023, après une carrière bien remplie, a surpris plus d’un observateur.
L’appel des Engagés après un refus chez le MR
Il avait pourtant juré qu’on ne l’y prendrait pas. Il y a quelques années, Georges-Louis Bouchez, président du MR, lui avait proposé un poste de secrétaire d’État à la digitalisation. Jean-Jacques Cloquet avait hésité, puis décliné, estimant ne pas maîtriser suffisamment le sujet. Un épisode qu’il raconte sans détour, avec le sourire.
L’appel des Engagés a finalement changé la donne. Le parti cherchait à ouvrir ses listes à la société civile, et cette démarche a séduit l’ancien cadre de Solvay. À 66 ans, il est devenu l’un des vétérans du groupe, tout en se présentant comme un « jeune premier » de la vie parlementaire.
Une première année politique sous le signe des défis
Le rythme lent de la politique face à l’urgence du privé
Le député wallon l’avoue sans fard : la vitesse d’exécution n’a rien à voir avec celle de l’aéroport. En entreprise, une décision se prend et s’applique. Au Parlement, il faut sans cesse négocier, trouver des compromis, accepter que les dossiers avancent au ralenti. Cette lenteur a été l’un des chocs les plus durs à encaisser.
Dans la gestion quotidienne, le contraste est tout aussi saisissant. À la tête de l’aéroport, il disposait d’une « véritable armée » à son service. Au parlement wallon, il s’est retrouvé seul face à une montagne de documents, sans équipe dédiée. Un sentiment de solitude qu’il décrit avec une franchise déconcertante.
La solitude et la dispersion des débuts
Les premiers mois ont été particulièrement éprouvants. Jean-Jacques Cloquet se sentait perdu, s’intéressant à tout sans parvenir à approfondir quoi que ce soit. L’homme de terrain qu’il était souffrait de rester enfermé dans des permanences politiciennes, loin des réalités concrètes de la Wallonie.
Il a fallu attendre quelques mois pour qu’il trouve enfin ses marques. Désormais, il se concentre sur les domaines qu’il maîtrise vraiment : l’énergie, le logement et, bien sûr, les aéroports. Cette spécialisation lui a permis de retrouver une utilité tangible, mais elle lui a aussi rappelé que la politique exige de la patience.
Des compétences enfin mises à profit
Les défis de cette première année ont été nombreux. En voici les principaux, tels qu’il les énumère :
- S’adapter au rythme lent des procédures parlementaires et des compromis.
- Accepter une certaine solitude une fois le costume d’élu endossé.
- Prioriser les dossiers face à une sollicitation permanente.
- Développer un réseau et des alliances même dans un parti où les avis divergent.
- Concilier la rigueur du gestionnaire avec l’écoute exigée par le mandat.
Stratégies et gouvernance : la méthode Cloquet pour peser sur les réformes
Dialogue et fermeté, les leçons de Ryanair
L’ancien patron de l’aéroport de Charleroi a gardé un œil avisé sur les négociations avec les compagnies aériennes. Il observe avec intérêt les discussions houleuses entre Ryanair et la direction actuelle. Son conseil : rester direct et ne pas se laisser intimider. Il se souvient d’ailleurs d’une anecdote savoureuse où Michael O’Leary, le patron de Ryanair, s’était déguisé en Saint-Nicolas pour distribuer des billets gratuits. « Tu es bien généreux pour une fois », lui avait lancé Cloquet, avant que l’Irlandais n’avoue que ces billets ne seraient plus valables deux mois plus tard. Une leçon de marketing à zéro frais.
Cette expérience nourrit sa vision de la gouvernance. Pour lui, la politique ne doit pas être un art de l’esquive, mais une confrontation constructive d’intérêts bien compris.
| Critère | Chez BSCA (aéroport) | Au Parlement wallon |
|---|---|---|
| Rythme | Sept jours sur sept, urgence permanente | Horaires parlementaires, lenteur des procédures |
| Équipe | Direction étoffée, services dédiés | Seul avec quelques collaborateurs partagés |
| Prise de décision | Autonomie du CEO, enjeux financiers directs | Consensus, votes de commissions, coalitions |
| Stress | Risque d’incident majeur permanent | Pression médiatique et attentes citoyennes |
La taxe aérienne : une position nuancée
Son parti, Les Engagés, a voté la taxe belge sur les billets d’avion. Jean-Jacques Cloquet ne s’y oppose pas frontalement, mais il la juge contre-productive pour la compétitivité du pays. À ses yeux, une taxe européenne serait plus cohérente, même s’il reconnaît que sa mise en œuvre reste très complexe. Cette prise de position montre un social-libéral convaincu, soucieux de préserver l’économie tout en respectant l’environnement.
L’engagement de Jean-Jacques Cloquet pour la Wallonie : quelles priorités ?
Réformes sociales : la défense des CPAS
Au-delà des transports, le député s’est particulièrement investi sur les dossiers sociaux. Il revendique notamment une réforme des CPAS qui n’avait pas pour but de sanctionner, mais de favoriser un retour à l’emploi ambitieux pour chacun. Il s’est battu pour que les communes et les centres publics d’action sociale conservent les moyens nécessaires à leur mission. Une position qu’il a défendue jusqu’au bout, avec ses collègues du parti.
Cet engagement illustre sa conception de la gouvernance : il ne s’agit pas de plaquer des mesures idéologiques, mais de construire des solutions concrètes, discutées avec les acteurs de terrain.
Un second mandat dans le viseur
À 66 ans, Jean-Jacques Cloquet ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il espère bien décrocher un second mandat après celui-ci. Il lui a fallu du temps pour prendre ses repères, mais il se sent désormais à l’aise dans son rôle d’élu. Le rythme parlementaire lui laisse plus de temps pour sa famille recomposée de huit enfants, et cette respiration lui permet d’envisager l’avenir avec sérénité.
Son conseil pour ceux qui hésitent à changer de voie ? Ne jamais avoir peur de bifurquer, pour peu que la situation financière le permette. Les compétences acquises ne sont jamais perdues ; elles se transposent toujours d’un métier à l’autre. Cette philosophie, il l’applique dans son propre parcours politique, bien décidé à transformer l’essai.
Reste à savoir si la Wallonie saura tirer parti de cette expérience hors norme. Une chose est sûre : Jean-Jacques Cloquet a appris à naviguer dans les eaux troubles du parlementarisme, sans renier ses racines de gestionnaire. Son avenir politique s’écrira peut-être avec plus de fluidité que sa première année, mais il conserve cette obstination tranquille qui a fait sa force dans l’aéroport comme dans les travées du pouvoir.
Ce qui inquiète vraiment les lecteurs
Est-ce que Jean-Jacques Cloquet regrette son passage en politique ?
Pas vraiment, même s'il reconnaît que c'est plus dur que prévu. Il a appris à s'adapter et veut rester.
Pourquoi a-t-il refusé le poste proposé par le MR ?
Il estimait ne pas maîtriser assez la digitalisation. Il le raconte avec humour, sans amertume.
Quels sont ses domaines de prédilection au parlement ?
L'énergie, le logement et les aéroports. C'est là qu'il retrouve une vraie utilité.
Ça vaut le coup, cette reconversion à 66 ans ?
Il dit oui, malgré la lenteur et la solitude. La politique lui permet d'appliquer ses convictions, même si tout prend du temps.
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Journaliste politique français, formé à l’ESJ Lille. Vingt ans de presse écrite, dont dix en local et dix au plan national. Fondateur de Régions Démocrates, défenseur d’un journalisme exigeant ancré dans les territoires.