Deux réalisateurs français arrêtés à Lomé : ce que l’on sait
Depuis le 27 juillet 2026, deux citoyens français, présentés comme journalistes-réalisateurs, sont détenus au Togo. Le Quai d’Orsay a confirmé l’information mardi 18 août. Leur disparition, signalée par des proches, avait alerté les familles avant que la diplomatie ne réagisse.
Les deux hommes travaillaient pour une société de production française. Ils préparaient une série documentaire dont la diffusion était prévue sur France Télévisions. Leur matériel a été confisqué lors de la capture. Aucun motif officiel n’a été communiqué depuis.
Une interpellation révélée par le média togolais L’Alternative
Le média d’investigation L’Alternative a révélé l’affaire lundi. Selon ses informations, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, aurait donné des instructions au ministre de la Justice, Pacôme Adjourouvi. Ces affirmations ne sont confirmées par aucune source officielle.
Le parquet de Lomé a ouvert une information judiciaire. Les faits reprochés restent inconnus. Les avocats des deux Français n’ont pas accès au dossier. Cette opacité interroge sur le respect des droits de la défense.
Une information judiciaire sans fondement public
Les services consulaires français ont déjà rendu trois visites aux deux détenus. Leur état de santé est jugé fragile, selon des sources proches du dossier. L’ambassade de France à Lomé assure un suivi quotidien de la situation.
Les autorités togolaises ne communiquent pas sur le lieu de détention. Les familles restent dans l’attente. Le silence de Lomé contraste avec la mobilisation de la diplomatie française, qui multiplie les démarches discrètes.
La presse étrangère sous pression depuis 2025
Cette affaire s’inscrit dans un climat très dégradé pour les médias internationaux au Togo. Depuis juin 2025, RFI et France 24 sont suspendues. Le pouvoir leur reproche d’avoir relayé des informations « inexactes et tendancieuses » pendant les contestations populaires. Les deux médias n’ont toujours pas repris leur diffusion.
Les organisations de défense de la presse dénoncent une dégradation continue. Le cas de Thomas Dietrich l’illustre parfaitement. Ce reporter français, envoyé par la revue Afrique XXI, avait été arrêté en pleine couverture des manifestations de 2024. Condamné à six mois de prison avec sursis, il avait ensuite été reconduit à la frontière.
Un précédent : l’affaire Thomas Dietrich
Le procès de Dietrich avait été expédié en quelques heures. Sa libération avait exigé une forte pression diplomatique française. Dans le dossier actuel, la situation paraît encore plus verrouillée. Les autorités togolaises n’ont fait aucune déclaration publique.
| Événement | Date | Conséquence |
|---|---|---|
| Arrestation des deux réalisateurs | 27 juillet 2026 | Détention à Lomé, information judiciaire ouverte |
| Suspension de RFI et France 24 | juin 2025 | Aucune diffusion dans le pays depuis un an |
| Affaire Thomas Dietrich | 2024 | Arrestation, condamnation avec sursis, expulsion |
Une proposition d’échange qui en dit long
Selon L’Alternative, Lomé proposerait de libérer les deux Français contre l’extradition de Ferdinand Ayité, journaliste d’investigation en exil. Ni Paris ni Lomé n’ont confirmé cette information. Une telle tractation, si elle était avérée, violerait les principes élémentaires des droits de l’homme.
Les deux réalisateurs français seraient ainsi utilisés comme monnaie d'échange. Cette pratique place la diplomatie française devant un dilemme intenable. Le refus de négocier prolongerait leur détention, tandis qu’une acceptation légitimerait un chantage d’État.
Les zones d’ombre du dossier
- Les motifs exacts de l’arrestation ne sont pas communiqués.
- Le lieu de détention des deux Français reste inconnu.
- La nature des faits reprochés dans l’enquête n’est pas précisée.
- Le rôle de la présidence togolaise n’est pas établi.
- La proposition d’échange n’est confirmée par aucun gouvernement.
Le nord du Togo sous la menace djihadiste
Le pays fait face à des attaques régulières venues du Burkina Faso. Cette pression sécuritaire justifie, pour Lomé, un durcissement autoritaire. Mais elle n’explique pas la détention de deux documentaristes venus filmer la région.
Les deux Français travaillaient probablement sur cette zone tendue. Leur arrestation intervient dans un contexte où le pouvoir togolais contrôle strictement l’information. Les journalistes étrangers y sont désormais perçus comme des menaces potentielles.
Paris entre discrétion et exigence
Le Quai d’Orsay parle d’un « suivi attentif » du dossier. Les visites consulaires régulières montrent une mobilisation silencieuse. Pas question de crier trop fort pour ne pas braquer Lomé. Mais l’exigence française reste ferme : les conditions de détention doivent être conformes aux standards internationaux.
Les familles attendent des actes concrets. Une enquête est en cours côté français, mais elle se heurte au silence des autorités togolaises. Le temps s’écoule, la détention se prolonge. Les deux réalisateurs, disparus des écrans radar depuis juillet, restent désormais détenus dans l’indifférence quasi totale de la communauté internationale.
Reste une question lancinante : jusqu’où ira le pouvoir togolais pour transformer ces deux journalistes en monnaie d’échange ? La réponse décidera de la suite de cette affaire.

Journaliste politique français, formé à l’ESJ Lille. Vingt ans de presse écrite, dont dix en local et dix au plan national. Fondateur de Régions Démocrates, défenseur d’un journalisme exigeant ancré dans les territoires.