Dix ans après son arrivée à l’Élysée, le bilan climatique d’Emmanuel Macron ressemble à un jeu de yoyo. Des avancées législatives historiques, suivies de reculs tout aussi spectaculaires. Le pays s’est doté d’outils inédits pour la transition écologique, mais les émissions de gaz à effet de serre baissent trop lentement. Les objectifs européens semblent hors de portée.
Le 20 juillet 2026, lors d’une intervention au palais de l’Élysée, le chef de l’État a défendu son héritage. Il assure que « le gros du travail » a été fait pour adapter la France au changement climatique. Une affirmation contredite par les rapports officiels et la réalité du terrain.
Une décennie Macron marquée par des avancées climatiques réelles mais inabouties
Emmanuel Macron arrive au pouvoir en 2017 avec un discours offensif sur l’environnement. Son slogan « Make our planet great again » résonne encore dans les mémoires. La France obtient alors l’organisation du One Planet Summit et s’impose comme un acteur diplomatique majeur du climat.
Les premières années sont marquées par des décisions structurantes. La feuille de route pour la transition écologique fixe des caps ambitieux. La programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit une baisse de la part du nucléaire et un essor des énergies renouvelables.
- 2017
Arrivée à l'Élysée, slogan « Make our planet great again » et organisation du One Planet Summit.
- 2018
Hausse de la taxe carbone, révolte des gilets jaunes et recul de l'exécutif.
- 2020
Convention citoyenne pour le climat : 149 propositions remises au gouvernement.
- 2021
Loi climat et résilience, jugée insuffisante par le Conseil d'État et les ONG.
- 2022
Guerre en Ukraine, relance du nucléaire et nouveau plan pour la filière.
- 2026
Bilan : -23 % d'émissions, mais objectifs européens toujours hors de portée.
La hausse de la taxe carbone en 2018 et la crise des gilets jaunes
La première épreuve arrive en 2018. La hausse de la taxe carbone sur les carburants provoque un mouvement social inédit. Les gilets jaunes paralysent le pays pendant des mois. L’exécutif recule et abandonne cet outil fiscal pourtant recommandé par les économistes.
Cet épisode révèle une fragilité structurelle : la politique climatique française ne s’appuie pas sur un consensus social solide. Les mesures les plus visibles sont perçues comme injustes. Le débat public se cristallise autour des fins de mois plutôt que de l’horizon climatique.
Le gouvernement tente de corriger le tir avec des dispositifs d’accompagnement. La prime à la conversion et le chèque énergie sont renforcés. Mais la défiance s’installe durablement entre l’exécutif et une partie de la population.
La loi climat et résilience de 2021, un compromis décevant
La convention citoyenne pour le climat devait incarner une nouvelle méthode démocratique. Ses 149 propositions arrivent sur le bureau du gouvernement en 2020. La loi climat et résilience qui en découle deux ans plus tard ne reprend qu’une partie des mesures.
Les associations environnementales crient à la trahison. Le Conseil d’État épinglé un texte « insuffisant » au regard des engagements européens. L’interdiction des vols intérieurs sur les trajets en train de moins de 2h30 constitue une mesure symbolique. Mais le dispositif comporte de nombreuses dérogations.
Malgré ces critiques, le texte pose des jalons importants. L’interdiction de location des passoires thermiques progressives, l’objectif de zéro artificialisation nette des sols et le déploiement des zones à faible émission transforment le quotidien des Français.
Le Réseau Action Climat publie en janvier 2026 un bilan sévère de ce quinquennat « marqué par une dualité importante ». La France a réduit ses émissions de 23 % entre 2017 et 2025. Un chiffre réel, mais inférieur aux trajectoires nécessaires pour respecter l’accord de Paris.
Les hésitations persistantes de la politique climatique française
Le second mandat d’Emmanuel Macron s’engage sous de meilleurs auspices climatiques. La loi de programmation énergie-climat fixe des objectifs plus ambitieux. Le président obtient la révision du marché européen de l’électricité et la sortie progressive du charbon en Europe.
Les aléas géopolitiques bouleversent la donne. La guerre en Ukraine relance la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Emmanuel Macron annonce un vaste plan pour relancer la filière. Une décision rationnelle pour la souveraineté énergétique, mais critiquée par une partie des écologistes.
Agriculture et logement, les angles morts de la transition écologique
Le secteur agricole reste le parent pauvre de la politique climatique française. Les émissions baissent, mais à un rythme insuffisant. La France s’oppose à la signature de l’accord Mercosur pour protéger ses agriculteurs. Une position défendable socialement, mais qui retarde la nécessaire évolution des pratiques.
Le bâtiment pèse aussi lourd dans la balance. Avec 40 % de la consommation énergétique nationale, le secteur de la construction représente un chantier colossal. Le plan de rénovation thermique des logements annoncé en 2023 tarde à produire ses effets. Les artisans manquent de main-d’œuvre et les ménages hésitent face aux restes à charge.
Le déploiement des énergies renouvelables illustre parfaitement ces hésitations. La France accélère sur le solaire et l’éolien offshore, mais reste distancée par ses voisins européens. Les procédures administratives s’allongent et les oppositions locales se multiplient.
Le bilan 2026 publié par le Haut Conseil pour le climat confirme cette tendance. La France ne tient pas ses objectifs de baisse d’émissions pour les transports et l’agriculture. Les experts pointent un manque de cohérence entre les annonces et les moyens déployés.
Les incohérences d’une diplomatie climatique à géométrie variable
La politique étrangère française en matière de climat envoie des signaux contradictoires. Le président continue de plaider pour l’accord de Paris sur la scène internationale. En coulisses, les entreprises françaises soutiennent des projets énergétiques fossiles à l’étranger.
Le G7 Environnement organisé en France au printemps 2026 a offert une vitrine au chef de l’État. Les annonces sur la finance verte et la protection des océans ont été saluées. Mais les organisations non gouvernementales rappellent que ces engagements ne sont pas contraignants.
La séquence tragique de la canicule de juin 2026 a mis en lumière les limites de l’adaptation. Un millier de morts en quelques semaines. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a tenté de défendre le bilan du gouvernement. Sa déclaration a été accueillie avec scepticisme par l’opinion.
| Domaines d’action | Avancées depuis 2017 | Limites constatées en 2026 |
|---|---|---|
| Énergie | Sortie du charbon, relance du nucléaire | Retards dans l’éolien et le solaire |
| Transport | Zones à faible émission, aides au vélo | Émissions stables, voiture individuelle dominante |
| Bâtiment | Interdiction des passoires thermiques | Rythme de rénovation trop faible |
| Agriculture | Plan de réduction des pesticides | Émissions en baisse trop lente |
Le bilan environnemental de Macron face aux défis du développement durable
La finance verte constituait une promesse centrale du premier mandat. La création de la Task Force sur le climat et l’implication de la Banque publique d’investissement semblaient montrer la voie. Les banques françaises restent pourtant parmi les premiers financeurs des énergies fossiles en Europe.
Le développement durable suppose une approche transversale que les gouvernements successifs peinent à mettre en œuvre. Les ministères de l’Économie et de l’Écologie ne parlent pas toujours le même langage. Les arbitrages budgétaires privilégient souvent le court terme.
Les chiffres clés d’une décennie contrastée
Le bilan chiffré de la politique climatique française depuis 2017 mérite d’être détaillé. Les émissions de gaz à effet de serre ont reculé de 23 % sur la période. Un résultat réel, mais qui doit être mis en perspective avec l’objectif de 55 % de réduction d’ici 2030.
La part des énergies renouvelables dans le mix électrique atteint 27 % en 2026. Un niveau honorable, mais loin des 40 % affichés dans la programmation pluriannuelle de l’énergie. La France conserve la dernière place du classement européen dans ce domaine, selon Eurostat.
- Hausse de 45 % du budget de la transition écologique entre 2019 et 2026
- Doublement du rythme de rénovation énergétique des logements
- Multiplication par trois des ventes de véhicules électriques
- Recul de 11 % de la consommation de pesticides depuis 2020
- Retard persistant sur les objectifs de réduction des émissions de méthane
Les électeurs de 2026 semblent avoir tranché. Le Rassemblement national arrive en tête du second tour de l’élection présidentielle d’avril avec 34 % des voix. Le paysage partisan s’est fragmenté autour des questions climatiques, un sujet devenu clivant.
Le constat de cette décennie est implacable : la France a progressé, mais trop lentement. La démocratie française a inventé des outils inédits de participation, de la convention citoyenne au débat public national. Les urgences sanitaires, sociales et sécuritaires ont toutefois constamment repoussé la priorité climatique au second plan.
Alors que le thermomètre mondial continue de grimper, les hésitations françaises illustrent la difficulté des démocraties libérales à conduire des transformations systémiques. La question climatique a cessé d’être un sujet technique pour devenir un marqueur politique. Emmanuel Macron laisse une France mieux équipée sur le papier qu’avant son arrivée, mais fondamentalement fragile dans sa capacité à emporter l’adhésion.
Climat, les non-dits du bilan Macron
Est-ce que la France va tenir ses objectifs climatiques pour 2030 ?
La trajectoire actuelle mène à une baisse d'environ 40 % des émissions, loin des 55 % exigés par l'Union européenne. Il faudrait accélérer fortement, surtout dans l'agriculture et le bâtiment.
Pourquoi la taxe carbone a-t-elle été abandonnée ?
La hausse de 2018 a mis le feu aux poudres. Les gilets jaunes ont transformé le débat en crise sociale, et l'exécutif a préféré reculer pour calmer le pays.
La loi climat de 2021 a-t-elle vraiment servi à quelque chose ?
Elle a interdit la location des passoires thermiques et créé des zones à faible émission. Mais le Conseil d'État a jugé le texte insuffisant, et beaucoup de mesures ont été vidées de leur substance.
Le nucléaire relancé par Macron est-il une bonne nouvelle pour le climat ?
C'est une arme à double tranchant. Le nucléaire émet peu de CO2, mais les nouveaux réacteurs mettront des années à sortir de terre, et le débat avec les écologistes reste vif.
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Journaliste politique français, formé à l’ESJ Lille. Vingt ans de presse écrite, dont dix en local et dix au plan national. Fondateur de Régions Démocrates, défenseur d’un journalisme exigeant ancré dans les territoires.